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La Depeche - un nouveau regard sur le vin d'ici

D. BENZ, UN NOUVEAU REGARD SUR LE VIN D’ICI

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Le vin bio ariégeois de Dominik Benz est élevé dans le chai de Monginaut en fûts de chêne - au moins pendant un an - dont la plupart sont neufs et donc, très onéreux. Mais le vigneron est déjà en train de faire construire son propre chai sur le domaine de Beauregard pour ses cinq rouges et son rosé./Photo DDM, G. J.
 
Au Fossat, Dominik Benz s'est lancé dans la création de vins sur le domaine du moulin de Beauregard. L'épopée d'un informaticien de banques suisses, d'origine allemande, qui a voulu devenir vigneron. En Ariège.

L'accent n'a juste rien à voir avec l'Ariège. Pourtant Dominik Benz produit du vin d'ici. Et bio. Et un tantinet «haut de gamme», même s'il ne le dit qu'à demi-mot. En français dans le texte. Sur la colline du moulin de Beauregard, ce quadragénaire suisse-allemand bichonne ses 6 hectares et demi de vignes d'indication géographique protégée (IGP) depuis l'automne 2013.

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Avant, il était informaticien. Puis il en a «eu marre», l'envie de tout plaquer. «Ma mère habite le Piémont italien et m'a encouragé à me lancer dans une activité viticole. Travailler dehors pour créer quelque chose : elle savait que ça allait me plaire», se souvient Dominik Benz (1). Alors il se lance.

Formé pendant trois ans dans le Grison, en Suisse, il travaillera ensuite comme employé à l'Institut des vins durant un an. Mais ce besoin de «créer» n'était pas assouvi. «Je voulais faire mon propre vin. En Suisse, je cherchais des vignes en fermage mais j'ai vite compris que ça allait être compliqué : il y a énormément de petites parcelles qui sont exploitées en famille et donc, très peu de possibilités.»

Le choix du tannat «pur»

Ensuite, c'est «la chance», le «hasard» qui amèneront Dominik Benz à rencontrer, via une connaissance en commun, M. Gerber qui possédait Beauregard mais qui n'était plus exploité. «Quand j'ai vu cette colline et ce moulin, ça m'a plu de suite. J'ai vraiment trouvé ça très joli.»

Puis, il revient pour choisir les cépages : merlot, cabernet, syrah. Mais surtout, le tannat, typique du Sud-Ouest, qui était déjà planté sur le site et qu'il a tenu à préserver. «On le trouve jusque dans le Madiran. Souvent, les viticulteurs le coupent avec autre chose mais moi, je le voulais en monocépage pour avoir du vin pur et local. C'est un cru très dense et aromatisé, l'un des plus costauds car il mûrit tardivement. Il ne faut donc pas le boire en mangeant des chips !»

«Un attachement à l'Ariège»

Car comme son nom l'indique, c'est le plus concentré en tannin et le plus riche en composés phénoliques. D'où cette couleur rougeâtre, presque brune. Pour un petit 15 degrés en bouche sur «un rôti de bœuf ou des grillades, par exemple». «On lui retrouve des arômes de moka, de café et même, de vanille : c'est un vin très rond.» Un cru qui a reçu la médaille d'or du concours international Mundus Vindi qui s'est tenu en Allemagne l'an dernier.

En même temps, la bouteille a été baptisée Le Roi et arbore l'ours des Pyrénées sur l'étiquette. «Sur ce coup-là, on a mis les pieds dans le plat !, ironise-t-il. Mais on cherchait des animaux emblématiques des Pyrénées, ou qui ont une histoire avec le domaine, pour montrer notre attachement à l'Ariège.» Et ce n'est pas qu'une expression. Déjà, parce qu'il la connaît, l'histoire. L'Ariège aussi en fait. «On l'oublie parfois mais c'était bien une terre viticole : à cause du phylloxéra à la fin du XIXe siècle et des guerres, nombre de vignerons ariégeois ont dû tout arracher et n'ont pas pu replanter à cause du coût des plants et surtout, des produits nécessaires pour lutter contre cette maladie.»

En l'occurrence, des pesticides qu'il a décidé de bannir de sa petite exploitation bio sur laquelle il parvient à produire entre 11 et 15 000 bouteilles par an. Un petit rendement pour une cuvée, pour l'heure, encore confidentielle. «On intervient bien plus souvent sur les vignes, les vendanges sont faites à la main et le vin est élevé en tonneaux de chênes au moins un an. Je savais que le jour où je produirai mon vin, il serait bio.» Et qu'il espère voir être reconnu au prochain concours agricole de Paris.

En attendant, haut perché sur le bien nommé domaine de Beauregard, il admire la vue à 360° sur les Pyrénées. «Je n'aurais pas pu aller ailleurs !», sourit-il en admirant son petit bout de Suisse. Au cœur de la vallée de la Lèze.